Lorsque nous étions morts, de Mathieu Guibé

        Originellement paru sous le titre Even dead things feel your love, Lorsque nous étions morts de Mathieu Guibé est une réédition de la part des éditions ActuSF. Roman vampirique qui se veut loin des clichés actuels véhiculés par la bit lit, Lorsque nous étions morts prévient d’emblée son lecteur qu’il conte une histoire sanglante à ne pas mettre entre toutes les mains. Et malgré un pitch qui sonne très classique, on se rend vite compte que l’auteur souhaite nous entraîner bien plus profondément au cœur des turpitudes d’un être éternel.

cli8-1-2 - CopieJosiah est un vampire depuis plus de siècles qu’il n’a pris la peine d’en compter. Cette existence le satisfait, à base de plaisirs charnels et de débauche matérielle. Pourtant, lorsqu’il rencontre la douce Abigale, aussi belle que candide, quelque chose s’éveille en lui : des sentiments humains qui ne l’avaient plus chamboulé depuis longtemps. Sauf que la plus grande joie de sa non-vie pourrait également s’avérer être sa plus grande souffrance. Et le monstre qui est en lui se débattre avec cette humanité retrouvée.

Ligne horizontale

Morne éternité & somptueuse éphémérité

     Loin du roman vampirique assez cliché qui est parue ces dix dernières années suite au succès retentissant de Twilight de Stéphanie Meyer, Mathieu Guibé nous propose une interprétation du mythe du vampire plus adulte qui revient aux sources tout en proposant ses propres idées. Il serait assez facile de le comparer à Anne Rice, voire même à Bram Stoker pour cette image du vampire très sensuelle mais aussi particulièrement dangereuse, violente, cédant à ses pulsions destructrices. Pourtant, c’est davantage chez Baudelaire que j’aurais tendance à trouver une inspiration pour ce roman. Quiconque ayant lu Les Fleurs du mal reconnaîtra aisément la pâte du fameux spleen baudelairien dans le personnage principal de Mathieu Guibé. Tout au long du roman, Josiah exprime un mal de vivre intense, une frustration mêlée de tristesse qui provoque chez lui colère et (auto)destruction.

      Mais Mathieu Guibé va encore plus loin dans le parallèle lorsque l’on décèle finalement chez Josiah une rage de vivre qui semble en contradiction avec ce spleen mais n’en est en fait que le prolongement. Abigale provoque chez Josiah un retour à la vie douloureux en ce qu’il l’extirpe de son état de torpeur pour lui montrer ce qu’il veut depuis (presque) toujours : vivre avec acharnement, ressentir pleinement et non pas se laisser vivoter sans rêve ni enthousiasme comme il le faisait jusqu’alors. Le spleen baudelairien, en fait, s’oppose au laisser-aller bourgeois qui dilapide ses journées en activités futiles, sans ambition et sans véritable but. Pour Josiah, il en va de même : il jouit d’une existence éternelle, mais sans but, sans espoir, rendue morne justement par cette non-fin qui l’empêche de savourer chaque jour. Abigale lui redonne un sens, un idéal à atteindre.

Ligne horizontale

Le mot de la fin

      Adeptes de romances vampiriques, passez votre chemin. Tourmenté et violent, Lorsque nous étions morts ne parle ni d’amour, ni de beauté mais d’éternité et de colère. Mathieu Guibé redonne au vampire sa nature originelle, sensuel et dangereux, en quête de sens et de sang. Si la noirceur de l’âme (non-)humaine ne vous fait pas peur, plongez avec plaisir dans ce roman aux saveurs baudelairiennes.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s