Chanson douce, de Leïla Slimani

        Ayant été voir le film en décembre dernier, je n’ai pu m’empêcher de sauter sur le roman original Chanson douce de Leïla Slimani dès que j’en ai eu l’occasion. Et il n’a pas fait long feu : en 24h, la bête était dévorée ! J’étais très curieuse de voir si cette lecture parviendrait à me conserver le sentiment de malaise ressenti pendant le film tout en m’éclairant davantage sur les motivations de notre sombre héroïne. Pari à moitié réussi, et je vous explique pourquoi.

         Myriam souhaitant reprendre une activité professionnelle après deux grossesses, elle et son mari Tom décident d’embaucher une nounou. Après de nombreuses recherches, ils semblent être tombés sur la perle rare : Louise, quarantenaire célibataire, libre à plein temps, femme d’intérieur parfaite qui sympathise aussitôt avec leurs deux enfants, Mila et Adam.

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Douce horreur & abjecte perfection

      Tout le roman est construit sur une tension qui réside dans l’anti-thétisme de son propos, entre l’innocence de la vie enfantine et l’horreur de l’acte commis par l’héroïne, cauchemar de tout parent. L’ouverture du roman se fait directement sur la scène de crime : la tragédie vient d’avoir lieu, il y a du sang partout, 2 enfants morts ou mourant et une nounou qui survit malgré elle. Le cadre est planté : on est dans un thriller. Et pourtant, c’est le seul moment véritablement angoissant du livre. Dans tout le reste, on suit la normalité d’une famille bourgeoise parisienne parfaitement épanouie. Même sachant d’emblée de quoi elle est capable, il est difficile de voir des travers dans le comportement de cette si parfaite nounou qui s’occupe si bien des enfants et ne récolte que des louanges du voisinage. Alors nous restons à l’affût du moindre signe, du moindre indice qui pourrait présager de la suite. Et le climat anxiogène se développe malgré nous.

      Et finalement, c’est la perfection même de Louise qui la rend si détestable. On sent que cette perfection apparente cache un mal-être profond, un besoin de tout contrôler à l’extérieur pour voiler son désordre intérieur. Les parents eux-mêmes le ressentent sans vraiment réussir à l’exprimer et le lecteur se retrouve dans la même position. Quelque chose cloche, on le sait, sans avoir rien de concret à reprocher à Louise, si ce n’est qu’elle est « trop». Louise est trop parfaite, trop attachée aux enfants qu’elle garde, trop possessive avec eux. Elle se substitue à leur mère, n’existe que pour eux, s’oublie en eux et fait étouffer toute la famille. En incarnant une perfection inatteignable, elle arrache à la mère son rôle de mère, rend le père obsolète et prive les enfants de leur droit à l’erreur ; tout cela pour se créer une image de famille parfaite, irréelle, figée, qui ne peut par essence pas perdurer dans le temps et qu’elle vole donc avant qu’elle ne disparaisse.

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Un mot sur le film

    Ayant vu le film avant de lire le livre, j’aurais pu savourer les deux sans avoir d’attentes pour fausser l’un ou l’autre. Souvent, ce qui nous gâche une adaptation ciné, c’est de voir des bouts de livre tronqué. Là, je découvrais le film avec un œil neuf et profitais d’approfondissements grâce au livre. Pourtant, le livre m’a été nécessaire pour bien comprendre le film. Très visuel et jouant sur une tension impalpable plus qu’efficace, le film nous tient en haleine pendant 1h30 mais certaines clefs nous manquent. Là où le livre nous laisse supposer, interpréter, essayer de comprendre l’inacceptable, le film nous livre un support brut, sans clefs d’interprétations, qui nous laisse bien souvent sur notre faim. Et ressortir d’une salle de cinéma frustré est bien rarement notre but quand nous allons voir un film. Alors je n’ai pas détesté le film, il m’a captivée et fait ressentir les mêmes émotions qu’à la lecture, avec cette ambiance anxiogène si particulière, mais je pense qu’il est à réserver en complément du livre quand, comme moi, on aime comprendre le fin mot de l’histoire.

Ligne horizontaleLe mot de la fin

      Effectivement, Chanson douce nous fait rentrer dans la tête d’une infanticide. D’une déséquilibrée qui a agit dans une sorte de désespoir, de folie furieuse imprévisible et dramatique. Pourtant, malgré tout ce qu’on apprend sur elle et la compréhension qu’on a de ce qui l’a menée jusque là, Louise demeurera toujours un mystère. On sent qu’on a l’explication sous les yeux et, en même temps, qu’il nous manque une pièce du puzzle. Une seule pièce sur un puzzle de 1000 pièce ce n’est rien, ça ne nous empêche pas de saisir l’image mais ça laisse un vide, une frustration, qui ne peuvent être comblés car, même si on se fait une idée la plus proche possible des raisons de cet acte, on demeurera toujours incapable de le comprendre pleinement sans être soumis soi-même aux mêmes déviances.

2 réflexions sur “Chanson douce, de Leïla Slimani

    • Je me dis que ça peut être pas mal l’ordre inverse, justement ! On a déjà toutes les clefs de lecture et on se laisse juste porter par la mise en images et l’ambiance, du coup^^
      D’autant que, même s’il coupe forcément un peu le livre du fait de la différence de support, le film est très fidèle, je trouve.

      Aimé par 1 personne

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