Le Chant des ronces, de Leigh Bardugo

       Le Chant des ronces de Leigh Bardugo fait partie de l’univers étendu de sa saga Grisha mais est très accessible à ceux qui, comme moi, n’avaient jamais lu aucun livre de l’auteure avant celui-ci. Car si on m’a offert ce recueil de contes, il faut l’avouer, ce n’est en rien pour son univers mais simplement parce que c’est un magnifique objet-livre, en hard-back, avec illustrations et enluminures qui se dévoilent au fil des contes. Un vrai plaisir à lire.

challenge imaginaire 7

        Recueil de 6 nouvelles aux thématiques variées, Le Chant des ronces nous embarque dans un univers à mi-chemin entre l’innocence de l’enfance et les pires dérives de l’humanité. À demi-mots et à grand renfort de paraboles mais sans jamais rien voiler de la terrible réalité, Leigh Bardugo nous délivre ses morales aussi surprenantes que pleines de justesse.

Ligne horizontaleEntre la douceur de la rose & le piquant de l’épine

        Ce qui m’a frappée dans ce recueil, c’est que Leigh Bardugo a saisi l’essence même du conte à travers ses pages. Quand on le lit, on ne peut s’empêcher de faire la comparaison avec les contes classiques que l’on connaît si bien et force est de constater qu’ils s’en font les dignes héritiers. Tour à tour d’inspiration européenne avec Perrault ou les frères Grimm et orientale avec Les Mille et une Nuits, Bardugo revisite les contes classiques en créant ses propres histoires mais sans jamais en dénaturer l’esprit original. Le rythme, la narration, les personnages, tout fleure bon le conte de fées. On sent la plume de l’auteure surgir via un style très personnel, qui distille des indices très discrets afin d’amener des retournements de situation toujours savamment orchestrés.

         Mais au-delà de la douceur régressive du conte, ce recueil respecte aussi l’aspect sombre de la tradition médiévale qui n’a jamais hésité à mettre en scène des monstres, maltraiter les héros et effrayer le lecteur pour mieux instaurer sa morale. Ainsi, chaque conte du recueil est construit sur la même mécanique : présenter une intrigue a priori simple et très manichéenne, avant de créer un renversement de situation qui remet nos jugements de valeurs en question pour délivrer une morale inattendue mais d’autant plus efficace. Cette construction induit une certaine violence, mais c’est loin de détonner dans l’univers volontairement sombre dépeint par l’auteure.

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Thématiques intemporelles & problématiques actuelles

       Petit détail qui m’a beaucoup interpellée au fil de ma lecture, c’est qu’il m’a semblé que chaque conte du recueil était axé autour d’un péché capital, toujours nommé dans le texte. Peut-être est-ce de la surinterprétation de ma part (car le recueil offre 1000 possibilités d’interprétations) mais j’ai relié les contes aux péchés suivants (attention, gros spoil) :

  • Ayama et le bois aux épines = la colère (de la bête pour son père qui l’a rejeté).
  • Le renard trop rusé = l’orgueil (des bêtes qui se sont toutes faites avoir au même piège).
  • La Sorcière de Duva = la gourmandise (du père qui ne sait se contenir).
  • Petite Lame = soit l’avarice (du père prêt à « vendre » la main de sa fille), soit la paresse (du héros qui laisse la rivière faire tout le travail). Peut-être les deux, ce qui expliquerait qu’il n’y ai que 6 contes pour 7 péchés.
  • Le Prince soldat = l’envie (qui donne la vie aux jouets).
  • Quand l’eau chantait le feu = la luxure (des silds qui montent sur terre pour assouvir leurs désirs).

       Et même si on peut avoir l’impression que toutes ces thématiques ont déjà été abordées 100 fois, vues et revues, j’ai eu le sentiment d’une grande actualité dans ces contes remis au goût du jour. On se situe dans un univers medieval fantasy très marqué, mais on sent l’empreinte du XXIe siècle dans les problèmes rencontrés : obsession pour l’apparence, familles recomposées, consumérisme et tendance à l’accumulation… Sous couvert d’intemporalité, l’auteure choisit d’aborder des maux qui ont toujours été là mais qui sont particulièrement prégnants à notre époque, ce qui permet aux morales de sonner plus vraies que jamais.

Ligne horizontaleLe mot de la fin

         Entre la qualité du livre et la profondeur des textes, Le Chant des ronces de Leigh Bardugo offre une expérience de lecture des plus enthousiasmantes. J’ai aimé plonger dans ces petits contes qui m’ont fait sortir de mon quotidien comme une bouffée d’oxygène et savouré les belles illustrations qui donnent vie au texte. Amateurs de l’auteure ou jeunes néophytes, nous pouvons tous trouver notre compte (ou notre conte ?) avec ce superbe recueil.

20 réflexions sur “Le Chant des ronces, de Leigh Bardugo

  1. Lu en anglais, je pense relire ces contes en français, car la barrière de la langue m’a probablement fait rater des choses, mais je partage tes impressions sur ce recueil qui réunit avec brio tradition et modernité. Seul Le Prince soldat m’avait un peu laissé perplexe…

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    • Pareil ! Je ne saurais exprimer pourquoi exactement mais c’est le conte qui m’a le plus laissée de côté. Je n’ai pas réussi à accrocher totalement alors que je dévorais les autres.

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    • Ce conte est assez spécial et m’a mise mal à l’aise… Je ne savais pas trop si c’était à cause de l’anglais, mais ton avis me conforte dans l’idée que cela provient juste du conte en lui-même.

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    • J’ai tendance à me méfier des avis trop enthousiastes sur la blogo (trop d’attentes, etc.) mais j’avoue que sur ce coup-ci, je ne peux que me joindre à l’ovation générale ! 😀

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    • Je pense que les contes originaux étaient lus très jeunes et pourtant parfois violents, explicites, complexes…. Alors pourquoi pas ceux-là ? Il est certain qu’elle ne comprendra pas tout du premier coup mais disons que si tu es prête à lui lire du Perrault ou du Grimm, ceux-là ne dépareilleront pas. Si tu recherches, en revanche, des histoires édulcorées et beaucoup plus accessibles à la Disney, ce recueil risque de ne pas faire du tout l’affaire ! Il est sombre et aborde des thématiques d’apparence simples mais avec un enjeu caché et du vocabulaire parfois un peu travaillé (bien que reposant sur des phrases courtes). Désolée si je ne sais pas plus te répondre que « ça dépend de ce que tu cherches », en fait^^

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    • Je pense que c’est une bonne idée, ça lui permettra d’aborder cet univers avec un peu plus de compréhension ! 🙂 (Et puis, les dessins devraient l’aider à s’intéresser de toute façon^^)

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    • Merci ! 🙂 J’ai toujours peur de tomber dans la sur-interprétations ou, au contraire, de passer à côté de thématiques fondamentales (rien qu’en me relisant, je vois qu’il y en a plein que je n’ai pas abordées… Mais qui demanderaient davantage une analyse conte par conte que du recueil, au final^^).

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