Le Monde enfin, de J.-P. Andrevon

En début d’été, j’ai fait un pari risqué : lire un livre qui parle de pandémie mondiale ayant décimé l’humanité en pleine crise sanitaire. Et pourtant, bien loin de me replonger dans l’actualité, Le Monde enfin de Jean-Pierre Andrevon a réussi à m’extraire du présent pour me faire voyager vers une humanité altérée qui panse ses blessures tant bien que mal. Une parution des éditions ActuSF.

Une maladie a dévasté le monde : du jour au lendemain, plus de 99,9% de la population est morte, s’effondrant chez soi ou en pleine rue. Au milieu de ce désastre, certains ont survécu. Ils ne savent ni pourquoi, ni comment mais ils doivent bien continuer à avancer, désormais seuls. Certains apprennent à se connaître au fil des rencontres fortuites et, tant bien que mal, cherchent un moyen de survivre dans ce monde nouveau où les règles ont changé et où la nature reprend ses droits.

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Du post-apo entre pessimisme & optimisme

Le roman de Jean-Pierre Andrevon, bien que placé dans plusieurs lignes temporelles différentes, fait le choix d’un incipit assez classique en science-fiction : une maladie infectieuse, surgie de nulle part, ravage le monde, ne laissant que quelques survivants derrière elle. A partir de là, les survivants tentent tant bien que mal de recréer les restes d’une humanité mise à mal. Un récit post-apocalyptique assez classique, finalement, dans lequel pourraient prendre place Mad Max, Route 666 et bien d’autres. Sauf que là où l’auteur décide de prendre un virage à 180° par rapport au genre, c’est dans son traitement de l’humanité survivante. Bien loin des brutes épaisses prêtes à s’entretuer pour survivre, ici l’humanité est réduite à un tel noyau que les contacts humains sont rares et, surtout, extrêmement bienveillants.

Loin de manquer, les ressources sont en surnombre et l’Homme étant un animal social, la solitude pèse fort sur les esprits, au point d’être presque aussi ravageur sur les survivants que les réminiscences du virus lui-même : faute de vie sociale, plus les années passent ainsi et plus les suicides sont nombreux, suite à des années d’isolement et de dépression. Cela pousse les survivants à se chercher et à chérir toute interaction sociale. Ainsi, nous explique le narrateur, la criminalité a quasiment disparu suite à l’effondrement de la société. Une vision assez optimiste du monde d’après, finalement, rejoignant presque « l’état de nature » du « bon sauvage » innocent et bienveillant que décrit notamment Rousseau dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes : une fois l’Homme débarrassé de la notion de droit et de propriété, les raisons de se battre deviennent accessoires.

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Le mot de la fin

Le Monde enfin de Jean-Pierre Andrevon est un livre qui me laisse songeuse. Sa plume et ses idées m’ont conquise, tandis que son rythme m’a laissé quelques réserves. Si j’ai bien aimé l’alternance de fils narratifs et temporels, je dois dire que j’ai eu du mal avec les nombreuses lenteurs du roman, qui adopte un style très contemplatif. Choix à part entière, ce style peut plaire à beaucoup mais les impatients comme moi risquent fort de sauter quelques paragraphes (voire pages) de description qui tirent en longueur. Néanmoins, la plume de l’auteur, fluide et agréable à lire, porte un récit accrocheur dans lequel l’humanité se remet en question. Un excellent récit post-apo, qui sort des sentiers battus pour nous proposer une autre version de la fin du monde tel qu’on le connaît.

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