Alien Earth, de Megan Lindholm (Robin Hobb)

Je l’avoue, chers lecteurs, ce qui m’a donné envie de lire ce livre, c’est avant tout son autrice et mon amour pour L’Assassin Royal et Les Aventuriers de la mer. Et pourtant, en lisant Alien Earth, j’ai totalement oublié que je lisais du Robin Hobb. Grâce aux éditions ActuSF, j’ai lu pas mal de choses différentes de l’autrice récemment, sortant de ses univers-phares auxquels je me serais sûrement cantonnée autrement, et j’adore voire comment elle sait se renouveler d’un style à l’autre. Certes, ça peut vouloir dire que j’accroche moins à certains livres, comme Le Dieu dans l’Ombre, mais ça veut aussi dire que je vais faire de nouvelles découvertes totalement surprenantes, comme ça a été le cas avec Liavek, ou encore avec le roman qui nous occupe aujourd’hui.

La Terre est morte. C’est du moins ce que soutiennent les Arthroplanes, une race extra-terrestre, débarquée sur Terre pour sauver l’humanité de l’annihilation. À force de polluer, les Hommes ont rendu leur planète inhabitable et ont dû accepter d’être évacués sur d’autres planètes afin de survivre. Régulée par les Arthroplanes, la vie sur ces planètes implique un bouleversement total de l’humanité afin de réduire son impact environnemental. Après des générations de cette adaptation, l’humanité est méconnaissable. Mais au fond d’elle subsiste un rêve : celui que la Terre, contre toutes les allégations des Arthroplanes, puisse de nouveau l’accueillir un jour.

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Évolution & régression

Dans cet univers où les humains n’habitent plus la Terre, les humains ne sont plus vraiment de humains non plus. Tout le génie de Robin Hobb dans ce roman, selon moi, est d’avoir trouvé les bonnes ficelles scénaristiques (sans sens péjoratif) pour faire cohabiter des humains de plusieurs générations (étalées sur des centaines d’années) et des espèces extra-terrestres différentes. L’intérêt de cette manœuvre est que le point de vue interne de chacun permet de remettre en perspective ce que l’autre prend pour acquis. Humain de notre génération, humain ayant connu l’évolution et humain pleinement évolué rencontrent alien colonisé et colonisateur ; tous ayant des valeurs solidement ancrées, propres à leur culture, et qui se confrontent pour se remettre en question. Un pluralité des conceptions du monde qui donne un regard hétéroclite sur l’évolution de l’humanité à travers l’espace et le temps.

Mais plus on s’en approche, plus on s’aperçoit que cette évolution peut s’apparenter à une régression. S’ils ont gagné en intelligence, en espérance de vie, en civilisation et en respect de la nature, les humains semblent aussi avoir perdu une partie de ce qui les rendent humains. Cette nature qu’ils respectent les effrayent également ; leur civilisation exagérée leur fait perdre leur regard critique ; leur espérance de vie prolongée les rend difformes et stériles… Chaque bon côté s’équilibre d’un mauvais, montrant les limites possibles de l’évolution.

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Le mot de la fin

L’entrée en matière, in medias res dans un univers complexe, aux normes très éloignées des nôtres est passablement compliquée et a failli me faire renoncer. Pourtant, en s’accrochant un peu, on finit par entrer dans l’intrigue, à s’attacher à ces personnages biologiquement si différents de nous et à trouver une véritable pertinence aux différents points de vue des personnages qui remettent tout en perspective. Et c’est alors que le déclic se fait : Alien Earth nous entraîne dans une aventure spatiale qui nous fait partir très loin pour revenir très près, aux sources mêmes de l’humanité. Une pépite de réflexions sur l’impact de l’Homme sur son environnement et sur sa nature profonde, que Robin Hobb nous livrait déjà il y a près de 30 ans et dont on peut encore constater la pertinence et la prégnance aujourd’hui, sans doute plus que jamais.

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