Le Vicomte pourfendu, d’Italo Calvino

Même si je l’ai lu il y a quelques temps déjà, je reviens aujourd’hui sur Le Vicomte pourfendu d’Italo Calvino afin de finir de parler de la trilogie Nos Ancêtres. En effet, je vous parlais récemment du Baron Perché et moins récemment du Chevalier inexistant ; ne manquait donc plus que lui pour en finir avec cette trilogie que je ne peux que vous recommander si vous ne l’avez pas encore lue. Entre allégories fantasmagoriques et satire sociétales, ces trois romans portent un regard original sur la société tout en nous faisant vivre des aventures originales et prenantes. Si le style les relie, chaque histoire est cependant parfaitement indépendante.

Un vicomte, Médard, revient de la guerre dans un bien étrange état : un boulet de canon l’a fendu en deux dans le sens de la longueur. Heureusement, les médecins ont su le sauver et si sa moitié droite a disparu, sa moitié gauche a pu rentrer saine et demi-sauve chez lui. Mais le comportement du vicomte surprend son entourage : tantôt adorable, tantôt abominable, il ne semble plus être celui qu’il était auparavant et crée bien des soucis autour de lui.

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Dualité de l’être & équilibre

A la façon de Jekyll et Hyde, Médard développe deux personnalités bien distinctes en se retrouvant scindée en deux : une bonne et une mauvaise. Mais contrairement aux personnages de Stevenson, aucune différence physique n’est observable sur Médard hormis qu’ils sont en miroir). La bonté ou la malveillance de l’être, chez Calvino, ne se lit pas sur le corps ; elle s’exprime par les expressions mais, surtout, par les faits. Le problème principal qui se pose à Médard, avec cette opposition, est que chaque acte que l’une des moitiés fait est, en quelque sorte, défait par un acte inverse ; le bien et le mal s’expriment mais s’annulent par leur simple coexistence en un même endroit car ni le bien absolu, ni le mal suprême n’ont vraiment leur place dans l’humanité.

Au final, ce à quoi nous mène le récit, c’est à prendre conscience de l’équilibre qui constitue la nature humaine. Aucun Homme n’est tout bon ou tout mauvais mais un savant équilibre des deux qui est le reflet, justement, de la nature humaine. La leçon de Médard est d’apprendre à accepter ces deux aspects de lui-même pour les faire cohabiter dans un même corps. C’est ainsi seulement qu’il pourra retrouver l’équilibre qui lui permet de prendre des décisions pondérées. L’idée de la monstruosité de l’être ici, est un peu prise à contrepied puisque ce n’est pas son imperfection mais sa perfection (dans le bien absolu comme dans le mal) qui le met au ban de la société car c’est en l’imperfection (mélange de bien et de mal) que réside l’humanité.

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Le mot de la fin

Toujours dans son style si particulier, un peu perché, mais plein d’humour et sans se départir de son regard inquisiteur, Italo Calvino nous livre, avec Le Vicomte pourfendu, un apologue frais et critique sur la société. À rapprocher de Dr Jekyll et Mr Hyde pour son thème, le livre nous entraîne dans les tréfonds de l’âme humaine sans condamner mais en cherchant à comprendre ce qui fait de l’humain un humain. C’est frais, c’est original, c’est drôle, ça se lit vite et ça apporte un véritable regard critique, alors pourquoi s’en priver ?

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