Germinal, d’Émile Zola

     Parmi les romans les plus connus du cycle des Rougon-Macquart de Zola, et même de la littérature française en particulier, il y a Germinal. Germinal, c’est une grosse bête, un peu effrayante à commencer, de part son volume, de part sa réputation et de part son message politique. Je craignais de ne pas accrocher, d’être perdue, et pourtant, la plume implacable de Zola m’a fait me prendre d’empathie pour ce peuple de charbonniers que j’ai autant adorés que détestés.

     Étienne Lantier, au chômage, erre dans la campagne française afin de trouver un emploi. À moitié mort de faim, il accepte le premier qu’on lui possède, malgré son caractère ingrat, dangereux et sous-payé. C’est ainsi qu’il intègre les mines de Montsou, où il rencontre la famille Maheu et toutes ces autres familles qui luttent au quotidien pour survivre. Mais la révolte grogne dans ce peuple trop longtemps maltraité et Étienne est prêt à les mener dans ce combat pour leurs droits.

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Être petit & aspirer à devenir grand :
le chant de la révolte

      Comme Hugo ou Dickens (aka mes chouchous), Zola dépeint dans ce roman la misère sociale qui pouvait régner au XIXe siècle, dans un pays fait de contrastes extrêmes qui prenait lentement conscience d’un besoin de changement. Pourtant, Zola se distingue de ses deux contemporains en délaissant l’écosystème de la ville pour se plonger dans la vie de la campagne profonde. En choisissant de placer son intrigue au milieu d’un village de charbonniers, il dépeint une détresse aussi profonde que celle des grandes villes mais dans un cadre singulièrement différent et avec des personnages aux spécificités propres. Ici, on a un peuple qui manque d’instruction, pris dans un engrenage qui dure depuis des générations et qui est finalement résiné à son sort. Être heureux ne compte pas et ne pas manger à sa faim est la norme, alors on ne s’en alerte pas. Ce qui réveille les consciences, au final, c’est l’arrivée d’un étranger (Étienne) pour qui un changement est possible.

      Le problème pourtant, c’est qu’Étienne, malgré tout, n’est pas des leurs et est pris dans l’engrenage de l’appât du « toujours plus ». Au lieu d’une égalité sociale, la révolte se transforme en quête d’inversion des pouvoirs. On ne le sait pas forcément, mais on se bat non pour mettre tout le monde sur le même plan mais pour remplacer le riche qu’on envie tant. Et cela, c’est l’échec annoncé de la révolte. Tant qu’il y aura des individualités égoïstes plutôt qu’un collectif soudé, la révolte ne pourra aboutir. Tout le monde ne peut aspirer à devenir grand : devenir grand, c’est nécessairement créer « des petits » et donc échouer à apporter une égalité qui profite à tous. Un échec annoncé qu’on ne veut pas voir, pas plus que les personnages ne le veulent, mais qu’on sent poindre et approcher aussi inéluctablement que le destin tragique de personnages antiques touchés d’hybris.

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Le mot de la fin

     Malgré les années, la thématique au cœur de Germinal résonne toujours aussi fortement dans notre société.. Certes, les personnages changent, le contexte évolue, les maux diffèrent (parfois), mais le cœur du sujet est toujours le même et continue à toucher le quotidien des travailleurs. Comme le disait si bien Hugo (oui, encore lui !) dans sa préface aux Misérables :

     « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. »

      Et malheureusement, ce n’est pas encore aujourd’hui que nous pourrons nous en passer.

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