La Tresse, de Laetitia Colombani

       Cet été, les vacances ont été marquées pour moi par BEAUCOUP de retards de train. Je n’en blâme pas particulièrement la SCNF, puisqu’il s’agissait de voies bloquées par des bagages abandonnés mais un aller-retour Paris-Grenoble s’est quand même soldé par près de 6h de retards cumulés. Et ces 6h, il a bien fallu les occuper ! Par bonheur, malgré la fin imminente de ma lecture en cours, j’ai pu mettre la main sur un petit livre dont j’avais beaucoup entendu parler pour finir mon trajet : La Tresse, de Leatitia Colombani. Ce n’est pas forcément un livre vers lequel je me serais tournée naturellement, mais il fait indéniablement partie de ces belles découvertes que l’on peut faire grâce à la blogosphère.

        La Tresse fait le récit de moments cruciaux de la vie de trois femmes que tout semble opposer : Smita, une Intouchable indienne ; Giulia, une travailleuse sicilienne ; Sarah, une avocate canadienne. D’un bout à l’autre du monde, pourtant, leurs actions vont avoir des impacts les unes sur les autres et participeront à leurs quêtes respectives d’indépendance.

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Où il est question de différence & d’holistique

    Dans son roman court, Laetitia Colombani nous introduit dans la vie de 3 personnages aux profils très différents. Hormis leur sexe, ces trois femmes n’ont pas grand chose en commun et pourtant l’auteure parvient à nous les rendre toutes trois très attachantes (même si je conserve une tendresse particulière pour Smita, l’Intouchable, que je ne parviens pas à éprouver en telle quantité pour les deux autres). Les portraits sont à peine esquissés, brossés grossièrement, mais avec des traits de caractères saillants qui les rendent très vite identifiables et réalistes, pour mieux nous emporter dans leurs drames personnels. Elles ne se contentent pourtant pas d’être des clichés ambulants mais révèlent les esquisses d’une sensibilité palpable, que nous n’avons plus qu’à développer au regard de nos propres expériences de vie. L’auteure nous plonge dans leurs têtes pour nous faire sentir leur façon de penser, sans trop nous en dire pour nous laisser faire le travail d’identification. Un procédé implicite, qui repose beaucoup sur l’implication du lecteur, mais qui est un pari gagnant pour moi.

     La différence entre les personnages est aussi ce qui fait leur plus grande force. Lier des destins aussi différents peut paraître surprenant au début, mais la logique nous apparaît vite clairement (en même temps, le roman entier se lit assez vite) et nous permet de remettre en perspective les destinées de chacune. Colombani nous emporte dans son histoire comme dans un conte de fées aux accents beaucoup trop réalistes, pour nous rappeler que l’action collective n’est que la somme des actes individuels, en insistant sur une thématique majeure : la liberté des femmes. L’une se bat pour le droit à l’éducation, l’autre pour le droit à la réussite professionnelle et la dernière pour le droit à l’erreur, à être faillible. Aucune n’est parfaite, mais chacune recèle une force que l’on découvre et qui mérite d’être reconnue. En quête d’indépendance et de légitimité, elles s’érigent en modèles involontaires pour la société moderne.

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Le mot de la fin

    La Tresse est un roman court, qui se lit rapidement entre deux trains, mais qui offre une large possibilité de réflexion, ce qui correspond bien aux critères de notre époque : dire beaucoup en peu de mots, pour tous ces gens qui n’ont jamais le temps. Cela est peut-être l’une des raisons de son succès. Simple d’accès, il n’en est pas moins fort et pourvoyeur de sens. Un roman qui nous pousse à regarder au-delà de nous-mêmes, à réfléchir à nos actes avec une portée bien plus grande que notre petite personne. Dans un contexte de mondialisation toujours grandissante et de préoccupations à l’échelle mondiale, c’est un livre qui permet de se remettre en perspective et qui fait du bien à notre sens de la mesure.

2 réflexions sur “La Tresse, de Laetitia Colombani

    • Je ne partais pourtant pas convaincue vers ce livre, choisi un peu par défaut, mais je dois avouer qu’il est difficile de ne pas s’y laisser emporter et y lire beaucoup plus qu’il n’en dit !

      Aimé par 1 personne

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