Le Dieu dans l’ombre, de Robin Hobb

      Au catalogue des nouvelles sorties ActuSF, il m’était presque impossible de passer à côté d’un roman inconnu de moi signé par la grande prêtresse de la fantasy : Le Dieu dans l’ombre de Robin Hobb (ou Megan Lindholm, de son vrai nom). Bien loin de l’univers de L’Assassin royal et des cycles affiliés qu’on lui connaît, Robin Hobb nous propose un livre très différent, centré sur un personnage atypique, cherchant désespérément sa place dans le monde. Entre rêve et réalité, légendes et folie, ce roman rompt avec le reste de l’œuvre de l’auteure en flirtant beaucoup plus avec le fantastique qu’avec la fantasy.

challenge imaginaire 7Enfant semi-sauvage qui a eu du mal à trouver sa place dans la société, Evelyn a pourtant fini par se construire son nid dans le monde aux côté de son mari Tom et de leur petit garçon Teddy. Mais cette place est remise en question lorsque tous trois partent passer quelques semaines dans la famille de Tom, des semaines qui s’éternisent à n’en plus vouloir finir. Au sein de la pétillante famille Potter, Evelyn perd pieds, ne se retrouve plus et voit ressurgir son secret ami d’enfance : le faune Pan qui l’a aidée à s’évader d’une société qui n’était pas faite pour elle.

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Union avec la nature & civilisation forcée.

   Proche dans le thème de la nature exaltée, de la magnificence de la forêt et même de la sexualisation de l’être sauvage, ce roman m’a beaucoup fait penser à la duologie Le Don du loup d’Anne Rice. J’ai cependant pris plus de plaisir à lire Le Dieu dans l’ombre et la différence se fait dans le style des deux auteures. Quand j’ai trouvé un côté trop descriptif à Anne Rice, j’ai davantage accroché au style d’écriture de Robin Hobb qui, malgré une mise en place du cadre assez lente, sait ensuite nous plonger dans une aventure énergique et féérique. C’est purement une question de goût personnel, mais Robin Hobb a, je trouve, un style plus rythmé et moins contemplatif qui me sied davantage.

    Le roman est construit sur une grande intériorité du personnage, il joue entre introspections et descriptions. C’est un style qui ne plaira pas à tout le monde (et moi la première, en général), lent, loin de l’action et de l’aventure de cycles tels que L’Assassin royal mais c’est un style qui est tout de même prenant, une écriture fluide qui pousse à vouloir aller plus loin et qui regagne pas mal en peps une fois la deuxième partie du roman lancée (lorsque Evelyn retrouve la vie sauvage). Dans tous les cas, l’auteure parvient à instaurer une grande empathie avec le personnage principal. J’ai eu beau la trouver très agaçante dans son inaction au début et ses réactions impulsives, presque agressives, j’ai beaucoup aimé son évolution. On nous met sous le nez une petite chose fragile malmenée par la société, qu’on a envie de voir se prendre en main et agir efficacement plutôt que se monter la tête inutilement et c’est justement vers cette prise de décisions, cette reprise en main que tend le roman et ça fait du bien.

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Échappatoire & construction

      Le fantastique repose sur la double interprétation, entre réalité de l’évènement surnaturel et subjectivité du narrateur. Le récit de Robin Hobb joue là-dessus, et c’est pourquoi je le classe beaucoup plus en fantastique qu’en fantasy. La narration à la première personne permet de remettre en doute très facilement les perceptions de notre héroïne, comme son isolement et sa capacité à douter elle-même de sa santé mentale. Et même quand le roman semble prendre partie pour une interprétation plutôt qu’une autre, nous entraîner dans un univers plus fantasy, le doute est toujours permis : l’évènement terrible qui a choqué notre narratrice juste avant son échappée dans la nature merveilleuse ne l’aurait-elle pas fait lâcher pied de la réalité ? Et ce qui est beau c’est que, bien loin de la frustration que peut apporter la libre interprétation (et qu’elle m’apporte souvent, je dois dire), ici les deux sens se nourrissent l’un l’autre sans jamais s’exclure totalement, n’apportant que plus de richesse à la beauté de ce roman et de son message.

      Et finalement, cette échappée vers l’autre monde, le monde surnaturel, permet à notre narratrice de se construire. Elle quitte l’être faible et en proie au doute qu’elle était pour devenir forte, faire le deuil de sa vie passée et apprendre à vivre seule. Et au final, que toute son aventure ne soit qu’une vue de son esprit ou une réalité concrète ne change rien à son avancée, à sa capacité à évoluer et se prendre en main seule. C’est presque une quête initiatique qu’elle vit dans les bois, une renaissance spirituelle et physique de toute beauté.

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Le mot de la fin

    Je ne peux pas dire que j’ai été de suite emportée par cette histoire qui, pour moi, n’égale pas la superbe des chroniques fantasy que nous connaissons de Robin Hobb. L’aventure n’est pas la même. Et pourtant, je dois dire que je me suis surprise à tourner les pages étonnement vite sur ce roman assez épais (plus de 500 pages, quand même). On se laisse entraîner par la plume de Robin Hobb, attirer par la magie du faune et de sa nature glorifiée et on y prend méchamment goût, finalement. Avec Le Dieu dans l’ombre, Robin Hobb nous emmène dans une balade en forêt aussi belle qu’exaltante. Un vrai petit moment hors du quotidien, loin de la folie et de la chaleur de la ville. Une leçon de vie qui ne peut que s’apprendre grâce à un retour sur soi-même et une ouverture sur le monde conjoints.

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