Le Mythe de Cthulhu, de H.P. Lovecraft

         Ayant eu beaucoup de mal à savoir par quel livre me plonger dans l’univers cauchemardesque de Lovecraft, c’est finalement le Hold My SFFF Challenge qui a su me décider pour le recueil simplement intitulé Le Mythe de Cthulhu. Ce recueil réunit 6 nouvelles fondatrices du mythe, dont la fameuse nouvelle « L’Appel de Cthulhu » qui introduit le retour des anciens dieux et « Par-delà le mur du sommeil » qu’on m’avait conseillé de longue date. Je suis donc très satisfaite d’avoir commencé par cette sélection, même si je regrette une édition qui offre un confort de lecture très limité (texte trop petit et trop serré qui me faisait sans cesse m’embrouiller dans les lignes). L’univers, malgré un départ en demi-teinte (la toute première nouvelle m’a parue un peu poussive), a su m’attirer dans les méandres du cauchemar et me laisser aussi fascinée que songeuse (avec un gros coup de cœur pour « La Couleur tombée du ciel », notamment).

challenge imaginaire 7HMSFFFDans les profondeurs des mers, sommeillent d’anciens Dieux oubliés des Hommes. Mais ils ressurgissent soudainement dans l’Histoire de l’humanité lorsque plusieurs groupes de personnes sans lien les unes avec les autres se mettent à faire des cauchemars mettant en scène les mêmes créatures étranges… Au point d’en façonner d’hideuses idoles ressemblant étrangement à celles vénérées par un culte barbare aux confins du monde. Cthulhu, dans son sommeil de millions d’années, fait rêver les Hommes afin de revenir parmi le monde des vivants.

Ligne horizontaleIncertitude & folie

     L’incertitude est l’une des bases du genre fantastique dans lequel s’inscrivent les nouvelles de Lovecraft. L’incertitude est ce qui permet de faire la différence entre fantastique et fantasy : en fantasy, magie et créatures sont acquises comme réelles dans l’univers présenté ; en fantastique, on ne sait jamais vraiment si les évènements décrits peuvent s’expliquer rationnellement ou non. Et c’est ce qui, paradoxalement, rend le fantastique d’autant plus réaliste. En installant le doute dans un récit prenant place dans le monde réel, l’auteur n’impose pas l’intrusion de la magie mais laisse la porte ouverte à un « et si… ? ». Et Lovecraft joue énormément avec ce principe d’incertitude, afin d’implanter l’idée que, peut-être, même si ça paraît hautement improbable, il pourrait être possible qu’il y ait une part de réel dans ses récits. C’est ainsi qu’il crée aussi l’horreur. Pas par ses descriptions, qui ne peuvent réellement créer la peur, mais par l’intrusion de ses créations dans le champ des possibles, dans notre propre réel.

    Et pour maintenir cet état d’incertitude constant, Lovecraft déploie habillement un autre rouage récurrent du fantastique : la folie. Associée au monde du rêve dans lequel Cthulhu étend son pouvoir, la folie du narrateur est une explication courante aux phénomènes étranges mis en scène dans le genre du fantastique. Et c’est d’autant mieux joué qu’ici, c’est le narrateur lui-même qui doute de ses sens, qui craint de n’avoir sombré dans la folie, qui a un doute sur sa capacité à distinguer le rêve de l’éveil. La fiabilité du narrateur est un élément essentiel de tout récit pour permettre au lecteur de croire en ce qu’il lit. Le narrateur lovecraftien est fiable en ce qu’on comprend bien qu’il ne nous ment jamais puisqu’il est toujours prêt à douter de lui-même. Et inconstant justement en ce qu’il doute. C’est habile et déstabilise d’autant plus la certitude du lecteur qu’on a envie de croire en la bonne foi de ce personnage malgré tout.

Ligne horizontaleLe mot de la fin

      J’étais un peu frileuse à l’idée d’aborder les récits de Lovecraft dont on vente si souvent l’aspect horrifique, terrifiant au-delà de l’imagination. Au final, j’ai été agréablement surprise de découvrir que Le Mythe de Cthulhu était bien plus subtile que je ne me le figurais. La plus grande part de frayeur chez Lovecraft, ce n’est pas l’auteur lui-même qui la décrit mais la place qu’il laisse à l’imagination du lecteur pour se figurer le pire qui puisse exister. Il instaure une ambiance, nous entraîne dans un mystère et installe les bases d’un univers qui fait tourner la tête mais laisse toujours ses fins ouvertes, en suspens. Par le non-dit et l’évocation, l’auteur arrive à insinuer le doute en nous pour nous laisser avec la plus grande interrogation qui soit : « Et si… ? ».

5 réflexions sur “Le Mythe de Cthulhu, de H.P. Lovecraft

  1. Super article! Ça me fait rire parce que directement dans ma tête ça dit « CHTOULOU » alors je ne pense pas être dyslexique mais bon quand tu a décidé qu’un mot a une telle prononciation après c’est mort ahah!
    Je tenterai peut-être un jour mais je ne suis pas encore prête à me lancer dans Lovecraft, par contre quelqu’un sur le groupe a très bien vendu la stratégie Ender. Si j’ai finit mon roman à temps je l’emprunterai sûrement à la bibliothèque ^^

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    • Avec un « ch » comme dans « chouchou » ? J’avoue que ça ne doit pas aider à prendre la bête au sérieux… Je suis contente que tu ne m’aies pas mis cette idée dans la tête avant ma lecture, l’ambiance n’aurait pas été la même xD

      La Stratégie Ender me rend très curieuse aussi ! Mon seul problème est que j’ai beaucoup aimé le film alors que tous les lecteurs fans du livre ont tendance à le descendre, tant l’adaptation est libre. Il faut donc que j’arrive à me le sortir de la tête avant de le lire, histoire de ne pas être trop axée sur la comparaison des deux^^’

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    • Oui comme dans chouchou haha!
      C’est vrai qu’il vaut mieux attendre un peu avant de le lire alors si tu ne veux pas être frustrée, ça m’a fait ça pas mal de fois dans le sens inverse où j’ai regardé le film trop tôt après avoir lu le livre.

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    • Ça me l’a souvent fait aussi, et je trouve ça affreusement frustrant ! Malgré l’envie de considérer l’adaptation comme une œuvre à part entière, il y a un bout de cerveau qui parasite le plaisir du visionnage façon Hermione Granger avec sa voix de bêcheuse des premiers tomes pour expliquer « comment ça devrait être »… Horrible ! x’)

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    • Haha carrément! Le pire c’est quand j’ai lu le premier tome du labyrinthe. J’avais adoré et j’ai mis le premier film genre 15mn après avoir fermé le livre. L’erreur de ma vie 😂

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