L’Homme qui rit, de Victor Hugo

     Ma passion dévorante pour Les Misérables m’aura rattrapée en 2018 et m’aura lancée, pour la fin de l’année, dans un autre roman pharamineux (Que dis-je ? Pharaonique !) de l’auteur : L’Homme qui rit de Victor Hugo. J’y aurai passé deux mois presque entiers, troublée par un voyage, une prise de poste et un Service Presse à honorer, mais je serai arrivée jusqu’au bout et même plus encore, avec beaucoup de plaisir !

      L’homme qui rit s’appelle Gwynplaine. Orphelin défiguré dans son enfance pour devenir bête de foire, il est recueilli à demi-mourant par le philosophe Ursus (et son loup Homo) qui fait de lui un penseur. Sur le chemin, l’altruisme de Gwynplaine lui aura même fait ramener une seconde protégée à Ursus : Dea, un bébé aveugle arraché au sein gelé de sa mère morte en pleine tempête de neige. Ensemble, ils conquièrent le public par des pièces de théâtre itinérant pleines de spiritualité, jusqu’à acquérir une certaine renommée qui arrive aux oreilles de la cour.

Ligne horizontale     Monstruosité & amour.

     Pour reprendre un mythe bien connu, certains thèmes de ce roman sont très similaires à ceux de Frankenstein : le monstre est celui que l’on créé. En effet, Gwynplaine est opéré petit pour devenir un monstre de foire, il est défiguré pour faire rire mais après quelques secondes, le dégoût succède au rire sur le visage des spectateurs. On peut voir une certaine symbolique sociétale à ce dégoût : l’humanité est toujours tentée d’engendrer les pires horreurs, le fait parce qu’elle en a le simple pouvoir et se complait à le faire mais est ensuite effrayée par ce qu’elle a osé engendrer, ne prend conscience de ses erreurs qu’en les regardant en face. Gwynplaine, peut-on dire, est la folie de l’humanité personnifiée.

       Et finalement, ce dont on se rend compte, c’est que la monstruosité n’existe que dans le regard de l’autre. Gwynplaine n’est pas un monstre pour ceux qui l’aiment et même, il est un être idéal pour celle qui ne la voit pas : Dea, le bébé aveugle devenu femme clairvoyante, aime par-dessus tout cet homme qui l’a sauvée de la mort au plus jeune âge alors même qu’il prenait ainsi un risque supplémentaire de dépérir. L’amour, ici, voit au-delà des apparences, il transcende le physique pour toucher à l’âme.

Ligne horizontale      Noblesse & sensualité.

     Cheval de bataille courant de Victor Hugo, l’auteur se fait encore une fois ici la voix du peuple. Il fait la satire de la noblesse, en montre les défauts tout en l’encensant publiquement mais faussement. Cette contradiction est expliquée par la bouche d’Ursus le philosophe qui rappelle qu’il a l’obligation d’encenser la noblesse et la royauté s’il ne veut courir le risque de représailles de la justice. Ainsi, la richesse et la toute-puissance de la noblesse vient s’opposer à la pauvreté silencieuse des masses. La monarchie impose aussi bien son régime que le silence des opprimés car elle s’accorde tous les droits et n’en laisse aucun aux travailleurs.

      Cette noblesse si opposée aux pauvres est aussi ce qui les attire le plus, le rêve inavoué d’être les privilégiés à leur tour. Et pourtant, être attiré par une duchesse, c’est ce qui va perdre Gwynplaine. La duchesse représente la chair, la sensualité incarnée tandis que Dea, jusque là, était l’amour pur, le divin. Ceci révèle la vraie force du peuple : si la noblesse possède le terrestre, le peuple possède le divin. Mais cela ne demeure qu’une supériorité théorique du peuple tant qu’il ne voit que le pouvoir étalé de la noblesse, tant qu’il ne prend pas conscience de sa propre force. Tout cela rend la noblesse très attirante ; un désir puissant mais dangereux, celui qui nous perd et contre lequel il faut lutter.


      Dois-je préciser que je vous recommande chaudement de lire L’Homme qui rit ? Ce texte est d’une beauté et d’une richesse d’interprétation telles que je ne vous ai même pas parlé du quart du tiers de ce qu’il recèle. Les descriptions peuvent paraître longues et ennuyeuses pour certains (donc moi, je plaide coupable) mais à mes yeux, la littérature est faite pour vivre dans l’œil de son lecteur alors n’hésitez pas à sauter quelques passages descriptifs si cela peut vous permettre de trouver votre plaisir littéraire.

3 réflexions sur “L’Homme qui rit, de Victor Hugo

    • Ouch ! Parfois, le contexte peut faire passer à côté d’un livre… Mais c’est déjà bien que tu en garde une bonne impression ! Pour ma part, trop de digressions… tue un peu la digression. Si j’adore les images vraiment sublimes qu’il développe à ces occasions , j’avoue que j’avais parfois simplement envie que l’intrigue avancer et qu’en fonction des moments, je trouvais ça tour à tour frustrant ou magistral^^

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