Confessions d’un automate mangeur d’opium, de Colin et Gaborit

     Totalement conquise par la chronique de ma collègue de Pause Earl Grey il y a un moment de cela, je n’ai pas pu résister à découvrir Confessions d’un automate mangeur d’opium de deux grands noms de l’imaginaire français :  Fabrice Colin et Mathieu Gaborit. J’avoue que ce qui a fini de me faire craquer, en librairie, c’est cette couverture magnifique, qui s’est malheureusement étiolée assez vite dans mon sac. Heureusement, l’intrigue, elle, persiste bien pleine et entière.

     En 1889, dans un passé alternatif, Paris prend les allures d’une ville steampunk où la technologie en plein essor peuple les cieux de machines se mouvant à l’éther. Mais quant on joue un peu trop avec les forces de la nature, on risque de réveiller certains démons intérieurs et c’est ainsi que Margo, une séduisante comédienne, et son frère Théo, psychiatre aux idées modernes.

Ligne horizontale       Ambiance & romanesque.

     Avec ce roman, Colin et Gaborit ont fait le choix de nous renvoyer dans le Paris du XIXe siècle. Un décor qui fait rêver et qu’ils ont su restituer avec un style impeccable. On ressent vraiment cette ambiance qu’ils s’efforcent à mettre en place, avec juste assez de description pour visualiser la capitale française encore toute jeune, embarquée par un vent de nouveauté à l’ère de la grande foire internationale, prise dans l’entrain de la nouveauté. On y ressent la fraîcheur et l’enthousiasme grandissant de nos héros pour une technologie nouvelle, doublée d’ajouts steampunk propre à la réalité alternative créée par nos deux auteurs qui transforme la ville que nous connaissons (peut-être) en un rutilant univers fantasmagorique propre au rêve.

    Et dans ce décor, qui ajoutent eux-mêmes à cette ambiance si particulière. Ils frôlent le réalisme tout en ayant, en plus, un petit côté romanesque indéfinissable qui les rend irrésistibles. Ils reflètent totalement la société dans laquelle s’intègre cette histoire mais développent une sensibilité accrue qui les rend attachants. Parfois, ils sont pris d’envolées lyriques, écrites ans un style très soignées, qui détonneraient presque avec le décor mais qui dessinent des images prégnantes, comme un tableau se déroulant sur nos paupières closes.

Ligne horizontale     Ouverture & compréhension.

    J’adore découvrir un livre dans lequel l’ouverture d’esprit semble aussi naturelle. Souvent, en fiction, quand on a un personnage faisant partie d’une minorité quelle qu’elle soit, cela a besoin d’être justifié par le scénario (par exemple, j’en ai pris conscience en cherchant à me remémorer un film, au cinéma, dont le héro soit noir sans que cela parle de racisme ou d’adoption. Et je n’ai pas trouvé.) Ici, les auteurs, bien que dans un contexte passé, distillent des messages positifs sur la bisexualité, le rapport aux drogues, le traitement de la folie… Et tout un tas d’autres sujets que l’on n’aborde pas aussi naturellement en général. Ici, tout passe par l’acceptation, le fait de s’assumer et l’idée que chacun a quelque chose à apporter à la société pour peu qu’on lui en laisse la possibilité.

     De même, le roman s’attarde beaucoup sur le milieu psychiatrique, en en montrant aussi les déviances propres au XIXe siècle mais parfois pas encore tout à fait révolues aujourd’hui dans les façons de penser. Le roman se fait un véritable plébiscite en faveur d’un traitement humain des malades, soulignant que les brimer ne fait que créer un risque supplémentaire de les rendre nocifs pour la société. Le message m’a un peu fait penser à celui de Frankenstein : le seul vrai monstre est celui que l’on créé. Ici, notre héros psychiatre démontre une véritable empathie pour ses patients et, de manière générale, le livre reflète l’idée d’une empathie certaine pour son prochain. Il s’agit de comprendre pour mieux soigner, parfois de se mettre littéralement « dans la peau de l’autre » dans le cadre de notre histoire.

      J’ai beaucoup aimé Confessions d’un automate mangeur d’opium. La plume de Colin et Gaborit est agréable à lire, ils savent créer une ambiance et des personnages hauts-en-couleurs tout en faisant passer des messages pertinents. On lui regrettera seulement une intrigue sans doute assez prévisible. Mais je recommande tout de même sans bouder mon plaisir.

2 réflexions sur “Confessions d’un automate mangeur d’opium, de Colin et Gaborit

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