Thérèse Raquin, d’Émile Zola

         Aujourd’hui, chers lecteurs, je vous propose de lire un classique qui casse les idées reçues : Thérèse Raquin, d’Émile Zola. Le fait est qu’avec le nombre impressionnant de livres qu’il a écrit et avec la mauvaise réputation de L’Assommoir qui « porte bien son nom », Zola n’attire pas les foules. En dehors de ceux qui ont déjà été conquis par Le Bonheur des dames, Zola fait peur : c’est un classique donc c’est long, dense, ennuyeux… Et pourtant, Thérèse Raquin c’est une histoire de passion, d’adultère, de meurtres, de revenants et de consciences torturées. Là, tout de suite, ça donne déjà beaucoup plus envie, non ?

       Thérèse est une jeune fille bouillonnante, pleine de vie. Mais au décès de ses parents, Thérèse est adopté par sa tante, une femme un peu trop sur-protectrice qui élève son fils maladif avec les plus grands soins, mettant Thérèse au même régime. Elle apprend ainsi à se composer un masque d’impassibilité et n’a même pas l’idée de protester quand on la marie à ce cousin qui la dégoûte.

Ligne horizontale         Tempéraments & libération.

      En plein registre naturaliste, Zola dans son cycle des Rougon-Macquart cherche à expliquer les comportements de ses personnages par une analyse scientifiques des influences biologiques et sociales qui les ont construits. Thérèse Raquin en est une formidable démonstration : à travers son roman, Zola démontre comment un tempérament contrarié peut mener une femme à la folie. En effet, Thérèse est une enfant au caractère bouillonnant et aventureux, qui souhaite jouer et courir partout, mais qui doit se forcer à suivre un rythme de vie de maladif. Ainsi, elle va étouffer son tempérament naturel à l’intérieur d’elle-même jusqu’à l’âge adulte, jusqu’au jour où celui-ci explose et lui permette enfin de trouver le bonheur. Seulement, à trop se brider, Thérèse s’est créé une insatisfaction qu’elle ne sait plus contrôler au point d’aller trop loin.

       Prendre un amant va donc, pour elle, créer un véritable sentiment de libération. Le tempérament profondément nerveux de Thérèse va enfin pouvoir s’exprimer dans toute son entièreté sans plus avoir à respecter le tempérament opposé de son cousin et mari. De même, son amant est un épicurien qui n’écoute que les besoins de son corps et va trouver, chez Thérèse, le moyen d’être comblé charnellement, en alliant sexualité, foyer chaleureux et bon repas. Il semblerait alors que, lorsque le corps est heureux, l’esprit ne peut que l’être aussi. Mais on s’aperçoit bien vite que cet équilibre est factice : le contentement du corps n’est qu’un bonheur provisoire qui ne peut rivaliser avec la paix de l’esprit.

Ligne horizontale         Égoïsme & culpabilité.

        Les agissements de Thérèse dénotent ainsi un profond égoïsme : elle recherche son bonheur, peu importe qu’il se fasse au détriment des autres. Il en va de même pour son amant. Mais aussi pour son mari, qui ne se sert de son ami que pour avancer professionnellement. Et encore pour sa belle-mère, qui prétend vouloir faire le bonheur de ses enfants mais, à travers eux, vit par procuration et ne voit que sa propre joie, au détriment de la leur. Ce n’est pas un égoïsme qui est présenté dans ce roman mais plein de forme différentes, allant des plans savamment calculés aux meilleures intentions du monde. En oubliant de prendre en compte les désirs et besoins des autres, on ne peut faire que leur malheur.

        Finalement, Thérèse et son amant seront tout de même rappelés à leurs responsabilités pour les actes affreux qu’ils ont commis. Pourtant, tout aurait dû leur sourire : ils avaient la possibilité de mener ensemble la vie heureuse qu’ils projetaient depuis le début, ne risquaient aucunes conséquences pour leurs actes et avaient la bénédiction générale. Tout aurait dû aller dans le meilleur des mondes pour eux. La seule chose qui cloche alors, c’est que l’être humain est doté d’une conscience. Et c’est celle-ci qui va les rappeler à l’ordre. Incapables de vivre avec le crime qu’ils ont commis, ils se torturent eux-mêmes sans s’en rendre compte, au point de rendre leurs peurs réelles en faisant apparaître un fantôme dans leur chambre à coucher. Il est évident que ce fantôme n’est autre qu’une projection de leurs esprits coupables mais cette projection, au final, est pire que tout autre châtiment : personne n’aurait pu mieux les punir qu’eux-mêmes.

        Zola signe, avec Thérèse Raquin, un roman fort et étonnement moderne pour son époque. Plein d’action, de panache, de rebondissements mais aussi de questionnements profonds sur l’âme humaine, il vaut le détour sans le moindre doute. J’espère que les autres livres du cycle qu’il me reste à lire seront à la hauteur pour rivaliser avec celui-ci mais bien sûr, « ceci est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

 

13 réflexions sur “Thérèse Raquin, d’Émile Zola

  1. C’ets le premeir Zola que j’ai lu, et c’est grâce à ce livre que j’ai eu le courage d’entammer les Rougon Macquart. C’est toujours mon Zola préféré, après toutes ces années. Merci de le « réhabiliter » 😀

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  2. Je ne sais pas à quoi est due la mauvaise réputation de Zola. Est-ce que les titres ne sont pas suffisamment accrocheurs ? Est-ce que c’est parce qu’il est souvent étudié en cours et qu’on cultive le préjugé « livre de cours barbant » ? Est-ce à cause du nom du courant littéraire ? (Naturalisme, ça fait très sérieux, et on s’en fait peut-être une montagne pour rien).
    J’ai longuement hésité à me lancer et c’est après avoir vu une critique de Thérèse Raquin que j’ai voulu donner une chance à l’auteur. Depuis, la série des Rougon-Macquart est dans ma PAL.
    Bref, c’est toujours un plaisir de lire du positif sur Zola. 🙂

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    • Pour ma part, j’ai l’impression que c’est un mélange de plusieurs de ces facteurs. Une image très peu racoleuse de ces livres étiquetés « classiques » déjà, un rejet des livres très étudiés en cours aussi et une très forte affiliation à Balzac, je pense, que je trouve pourtant bien moins accessible. Bref, un melting pott d’idées reçues qui ne lui font pas du bien sans raison valable^^’

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