La Dernière Classe, d’Alphonse Daudet

      Ce qui peut me faire aimer un travail, entre autres, c’est la stimulation intellectuelle qu’il apporte. Et c’est justement ce que j’adore retrouver dans le soutien scolaire à domicile : je remobilise beaucoup de connaissances qui seraient laissées inutilisées autrement et je découvre de nouvelles œuvres à côté desquelles j’étais passée jusqu’alors. C’est comme ça que j’ai pu lire la courte nouvelle La Dernière Classe d’Alphonse Daudet, sur un corpus thématique consacré à la perception de la guerre dans la littérature française.

      L’histoire est celle d’un petit garçon alsacien qui se rend en classe en temps de guerre. Jusque là, son quotidien semble plutôt banal, éloigné du front et assez routinier. Sauf qu’arrivé en classe, il apprend une nouvelle surprenante : c’est son dernier cours de français, avant que le professeur ne soit remplacé par un allemand. Cet événement mineur est chargé de significations qui bouleversent la classe.

Ligne horizontale        Guerre & non-dit.

        La nouvelle prend place en pleine guerre mondiale, dans une région alsacienne proche des zones de guerre. Aussitôt, la référence parle à tous et le thème semble évident à un lecteur qui partage cette culture commune : la guerre. Le sujet est haut, le sujet est délicat, le sujet est difficile à aborder. Et pourtant, le sujet a besoin d’être abordé. La littérature, depuis toujours, sert de dérivatif et elle est d’autant plus nécessaire dans des situations comme celle-ci où une population entière est marquée profondément par un événement dur à surmonter. Aussi Daudet s’attaque-t-il à ce sujet.

       Mais Daudet choisit de le faire avec une subtilité peu commune. Plutôt que de nous parler de la guerre et de ses effets désastreux, Daudet nous parle d’un quotidien bien banal durant la guerre. Et toute la force de son texte repose alors sur le non-dit. Ce n’est pas tant les événements mineurs qui sont évoqués que l’auteur veut nous faire percevoir que les événements majeurs cachés derrières, ceux qui sont sous-entendus à travers la petite vie bien calme de ce village qui l’est tout autant. L’histoire nous en dévoile implicitement une autre, avec un grand H cette fois.

Ligne horizontale        Regrets & symbolisme.

        Le sentiment dominant de ce texte est le regret. Regret d’un professeur qui ne souhaite pas partir. Regret d’élèves qui se rendent compte qu’ils n’auront plus ce qu’ils considéraient comme acquis. Regret d’un village qui n’a pas assez profité de ce qu’il possédait. Le regret est alors porteur d’un message. Le regret nous rappelle que, justement, rien n’est acquis, tout peut nous échapper et qu’il est nécessaire de profiter de ce que l’on possède. Et le regret nous pousse, nous lecteurs, à agir avant qu’il ne soit trop tard. Apprenons des erreurs passées et soyons conscients de ce que nous risquons de perdre lorsque ce risque surgit au loin, sans attendre qu’il nous tombe dessus.

       Au final, on comprend très vite que tout repose sur le symbolisme dans cette courte nouvelle. Le départ de ce professeur, c’est une image de la défaite française face aux allemands : la dernière résistance a cédé, les troupes se retirent. En perdant leur professeur de français, c’est toute leur identité qu’ils perdent. On leur enseigne désormais l’allemand pour qu’ils adoptent la culture allemande. Ils ont le sentiment de ne plus être chez eux, ils deviennent autres et ce changement leur est imposé de la façon la plus brutale qui soit, sans préavis, sans même le leur dire franchement. La guerre s’insinue chez eux, en eux, de façon très insidieuse et finalement beaucoup plus violente psychologiquement qu’elle ne l’aurait été en s’affichant de façon franche et ouverte.

     En bref, une mini-lecture de moins de 10 pages mais qui nous rappelle que la force du message n’est pas proportionnelle au nombre de mots. À lire sans hésitation !

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