Découvrons… Le Vivant, d’Anna Starobinets

        Une couverture austère, un titre obscur… Ce roman ne partait pas gagnant face aux couvertures attrayantes et aux titres évocateurs qu’il côtoie chez le libraire. Et pourtant, son pitch fait mouche. Aussitôt, l’histoire évoque l’originalité avec un idée innovante que je n’avais pas encore connue, une forme assez morcelée mais très adaptée qui insuffle encore un peu plus de fraîcheur à l’écriture et des personnages tellement atypiques et déconnectés de notre réalité qu’ils en deviennent attachants.

       Dans le futur, chaque être humain est connecté à une entité que l’on appelle « Le Vivant ». À travers elle, ils peuvent communiquer en permanence, mais aussi être surveillés et contrôlés. Grâce à cette technologie, le nombre d’êtres humains peut être modéré pour la bonne survie de la planète. Mais, soudainement, un être humain de plus voit le jour et tout l’équilibre du Vivant est bouleversé.

Ligne horizontale        Uniformisation & changement.

    Dans Le Vivant, on découvre une société qui a développé un esprit très communautaire. À l’image des fourmis, chaque individu est relié en pensées à tous les autres membres de la communauté qui procède en permanence à l’auto-régulation. C’est-à-dire que tout le monde surveille tout le monde, au point même qu’il n’est plus possible de commettre la moindre dérive sans être vu et dénoncé aussitôt. La moindre différence est mal-vue et entraîne la société à repousser tous ceux qui ne sont pas comme elle, à les parquer à l’écart tels des parias, à les considérer comme des sous-êtres qui ne mérite pas son attention. Les personnes sont totalement privées de leur liberté de pensée, de leur esprit critique et de leur individualité. Elles sont invitées à se fondre en un seul et même moule, visant à l’uniformisation de la population pour en faire une entité simple à comprendre et à contrôler, dans un but affiché – mais pas forcément vrai – d’assurer le bonheur commun.

        Cependant, dans une société aussi bien réglée, le moindre changement est un véritable bouleversement. C’est déjà sociologiquement prouvé de nos jours et Starobinets le démontre encore mieux dans son roman d’anticipation : tout changement provoque une résistance. C’est naturel, instinctif dans un groupe formé, quel qu’il soit. Et plus la routine est fortement installée, plus la résistance va être violente. Ici, tout changement est impensable. L’endoctrinement est trop fort pour accepter la moindre déviation. Et la construction même du roman est pensée en adéquation avec cette démonstration. L’auteure choisit volontairement de sortir des cadres de narration classique auxquels nous sommes habitués pour produire une œuvre à l’effet a priori déconstruit, particulièrement difficile à comprendre au premier abord mais qui prend son sens avec le temps, si l’on accepte ce changement brutal sans le rejeter. Le lecteur lui-même passe ainsi par les différentes étapes du changement, du rejet à l’acceptation. Ces étapes mêmes qui suit également la société du Vivant.

Ligne horizontale        En bref :

     Le construction de ce roman est très particulière mais reflète vraiment bien le message qu’il veut faire passer : sortir du cadre, oser la différence. C’est un atout comme une faiblesse de ce livre, le rendant difficile d’accès pour ceux qui pourraient se sentir perdus – et je sais de quoi je parle, j’en ai moi-même fait partie à certains moments – mais d’autant plus signifiant pour ceux qui parviendraient à accrocher le fil. Un livre à ne pas mettre entre toutes les mains, donc, mais qui possède de réelles bonnes idées qu’on regretterait presque de ne pas voir plus développées dans une éventuelle suite.

 

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