Ikigami, de Motorō Mase

     Je vous ai assez peu parlé manga, sur le blog, car j’en lis en définitive assez peu. Mais j’ai tout de même quelques sagas que je chouchoute particulièrement et Ikigami de Motoro Mase fait partie de celles-ci. De fait, Ikigami c’est même le tout premier manga que j’aie acheté. Pendant des années, j’ai refusé de succomber à ce qui était un effet de mode pour moi – et au commencement, avouons-le, ça l’était totalement ! – puis j’ai fini par m’y intéresser très progressivement, sans vraiment savoir dans quoi me lancer. Les séries en 45 tomes me faisaient peur et le côté folklo des grosses séries m’attirait modérément – mais ça, ça a changé depuis ! – alors c’est Ikigami, série courte et très psychologique, qui a su me faire finalement tomber dans la déferlante.

       Dans une société dictatoriale où les habitants négligent la valeur de la vie, le gouvernement décide d’inoculer un vaccin à tous les enfants lors de leur première entrée à l’école. Ce vaccin, inoffensif dans 999 cas sur 1000, se déclenche 1 fois sur 1000 entre les 18 et 24 ans de leur porteur. Ces porteurs, reçoivent un Ikigami leur indiquant qu’ils n’ont plus que 24h à vivre. À eux de faire bon usage de ces dernières heures.

Ligne horizontale          Peur & diversité.

          Ikigami est un manga très psychologique qui explore nos limites personnelles. En effet, la peur de la mort est la plus naturelle, la plus viscérale qui soit ancrée en chacun de nous et cette série nous met face à elle de la façon la plus brutale qui soit. Du jour au lendemain, des personnages tout à fait lambda se retrouvent face à ce terrible délai des dernières 24h à vivre. La peur est alors une réaction naturelle mais les caractères en profitent également pour se révéler. C’est leur dernière chance de vivre alors ils le vivent pleinement ; ils cessent de repousser au lendemain pour enfin accomplir un acte qui donnera un sens à leur vie. Leur dernier geste qui devra être le plus significatif afin de laisser une dernière trace d’eux sur Terre. Et à travers eux, c’est nous-même qui nous questionnons sur notre propre finalité, ce que nous voulons laisser derrière nous et ce que nous voudrions encore accomplir.

           Et si Ikigami nous présente deux portraits de personnes ayant reçu le préavis de mort dans chaque tome, la série ne tombe pourtant jamais dans la redondance. Cela est du à l’individualité de chacun : aucun personnage ne réagit à cette fatale annonce comme les autres. L’idée d’Ikigami, c’est de représenter la diversité des aspirations de chacun. Colère, indignation, acceptation, auto-apitoiement, voire même soulagement, toutes les émotions sont envisageables et aucune n’est une bonne ou mauvaise réponse émotionnelle à ce violent stimuli qu’est le préavis de mort : les réponses sont seulement le résultat de personnalités, d’aspirations, de valeurs et de cultures si diverses qu’elles acquièrent un côté représentatif de l’humanité dans sa diversité et son manque de cohérence.

Ligne horizontale           Réflexion & contestation.

           Une cohérence très identifiable de cette saga, face à la diversité de protagonistes temporaires, c’est celle de l’unique personnage vraiment récurrent : le fonctionnaire employé à la distribution des Ikigamis. Lui est tout nouveau dans ce service, on le voit donc faire ses premiers pas dans ce métier compliqué émotionnellement et apprendre, peu à peu, avec le lecteur, cette diversité de réactions qui peuvent se rencontrer. Face au déchaînement émotionnel des condamnés à mort, lui représente le calme et la réserve du fonctionnaire intégré au système. Pourtant, au fil des distributions, il devient allégorie du dysfonctionnement de ce système, réalisant progressivement l’absurdité de cette situation qui se sert de l’Homme comme d’une unité sacrifiable pour le bien commun.

           Cette réflexion qui s’établit autour du personnage du livreur d’Ikigamis permet de forger petit à petit une contestation de ce système. Si l’on peut se dire que l’idée n’est pas forcément mauvaise au départ puisque régie par le hasard – donc égalitaire et équitable pour tous – et avec des effets positifs – les gens prennent effectivement conscience de la valeur de la vie et se réalisent enfin pleinement -, l’aspect tyrannique du processus s’impose finalement clairement au regard. L’injustice, également, d’un système qui crée des martyres pour l’exemple, saute aux yeux. Et enfin, le gâchis, bien sûr, de vies qui auraient peut-être vécu à un autre rythme, plus tranquille, mais qui auraient encore bénéficié d’années pour s’accomplir et peut-être aller loin.

      Prêts à vous plonger dans ce manga psychologique qui explore les limites de l’être humain ? Pour ma part, Ikigami m’a déjà conquise et m’a même convaincue à me lancer dans quelques autres séries de mangas mais ça, « c’est une autre histoire, qui sera contée une autre fois ».

4 réflexions sur “Ikigami, de Motorō Mase

  1. J’ai été très séduite par le concept de ce manga, l’histoire m’a vraiment emballée. Malheureusement je n’ai lu que les 2 premiers tomes. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, pas à cause de l’intrigue au contraire, mais plutôt parce que comme tu le dis, on ne retrouve qu’un seul personnage vraiment récurrent. Je pense que du coup je n’ai pas réussis à être happée par l’intrigue. En tous cas ton article me donne envie de lui redonner sa chance.

    Aimé par 1 personne

    • C’est vrai que le changement de protagonistes, soit on aime, soit on n’aime pas. Fondation d’Asimov a tendance à faire le même effet : changer de héros dans chaque partie donne un sentiment de manque d’attachement mais quand chaque nouveau perso est si bien construit, perso, ça ne me gêne pas parce que, même pour peu de temps, je m’y attache quand même^^

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